Cathia Lawson : une Togolaise qui fait surfer Société Générale sur la croissance africaine

Elle a 18 ans d’expérience en marchés de capitaux et en analyse financière. Cooptée membre du Conseil de Surveillance de Vivendi, en tant que Président du Comité d’Audit, la Togolaise Cathia Lawson scrute l’Afrique à la loupe. Chez Société Générale, elle analyse la croissance de son continent à l’aune des conseils stratégiques qu’elle apporte aux entreprises et institutions financières africaines clients de sa banque.

Cathia Lawson est née au Togo, où elle a passé les premières années de son enfance. Sa famille s’est ensuite installée en France où elle vit depuis plus de 30 ans. « J’ai été scolarisée dans une école avec un projet très clair, confie-t-elle : nous aider à grandir en humanité, nous donner du courage et une solide formation intellectuelle, des capacités créatrices et le sens du devoir et des responsabilités. Je me suis épanouie dans cet établissement, connu pour sa rigueur intellectuelle et morale. » Après un baccalauréat scientifique et des études supérieures en économie et en finance, elle hésite entre le monde académique et les marchés financiers. Elle se dirige finalement vers la finance de marché où elle débute comme analyste financier dans une société de Bourse. « J’ai rejoint la Société Générale, d’abord comme analyste crédit en charge du secteur des télécommunications et des médias, puis j’ai intégré l’équipe de conseil en financement avant de devenir banquier conseil pour les principales entités du continent africain. » En tant que tel, Cathia Lawson a la responsabilité de la relation globale et du conseil stratégique auprès de grandes entreprises et institutions financières africaines clientes de la banque. Après 18 ans d’expérience en marchés de capitaux et en analyse financière, elle a été cooptée membre du Conseil de Surveillance de Vivendi, l’un des leaders mondiaux dans les médias, en tant que Président du Comité d’Audit. C’est une femme leader enthousiaste, une professionnelle à forte personnalité, qui a accepté de répondre à nos questions.

Africa Diligence : Croyez-vous en l’émergence économique du continent africain ?

Cathia Lawson : La question n’est pas de croire à l’émergence. C’est un constat, un état de fait. La Banque Mondiale confirme que la croissance de l’Afrique subsaharienne est de l’ordre de 4,4% en moyenne depuis 20 ans. Comme toute émergence, ce processus est lent et semé d’embûches. Toutefois, ce mouvement est irréversible. Tout le monde était résolument afro-optimiste il y a 6 mois encore, exaltation freinée, contredite par les baisses des cours des matières premières, du pétrole, les impacts de la dévaluation du yuan et la baisse de certains investissements étrangers. Toutefois, l’émergence de l’Afrique n’est pas une question de chiffres. C’est sur la durée qu’il faut juger. La croissance africaine est inéluctablement tirée par une démographie favorable. Selon les projections les plus fiables, il y aura entre 2 et 3 milliards d’Africains en 2050, soit 25% des Humains, et cette population sera la plus jeune du monde. À lui seul, le Nigeria pourrait représenter 10% des naissances mondiales. Face à une telle transition démographique, comment ne pas imaginer que la dynamique, que l’essor viendra aussi de ces jeunes Africains ? Le mouvement est enclenché même si le rythme n’est pas identique dans les 54 pays que compte le continent.

S’il fallait vous aider à contribuer au développement rapide de l’Afrique, quels leviers pourrait-on activer ?

Il faudrait imaginer de nouvelles solutions pour une meilleure intégration et une meilleure coopération régionale entre les différents pays d’Afrique. Le partage est source de richesse, c’est pour cela qu’il faut rompre les barrières. Ensuite, il faudrait investir – massivement – dans les infrastructures, mais ces investissements devront être accompagnés par de nouveaux partenariats transnationaux en matière d’éducation et de santé. On dit souvent que les travailleurs africains sont bon marché, mais il n’y aura pas de main d’œuvre de qualité si ces travailleurs sont souvent malades ou mal formés. Ensuite, le gros chantier : il faut éradiquer la corruption. Ce n’est que si on arrive à encourager de bonnes pratiques dans les affaires que l’Afrique pourra décoller.

Si vous vous retrouviez à la tête de votre pays, dans les 24 heures, quelles seraient vos trois premières décisions ?

Celles de la question précédente : améliorer radicalement les infrastructures, mettre l’accent sur l’éducation et la santé pour plus d’inclusion et une croissance partagée. Je prendrai toutes ces mesures tout en me battant avec détermination contre la corruption.