Interview Elkib : « Aujourd’hui, un album slam s’avère important »

Parmi les genres musicaux qu’apprécient les togolais, figure le slam; cet art oratoire qui associe des textes pleins de sens à de douces mélodies à couper le souffle. Quant aux débuts de ce genre musical au pays du 228, il reste une fable si non des questionnements pour les mélomanes ainsi que les jeunes qui s’y intéressent et qui emboitent le pas de leurs ainés. Cette semaine, BNN Miva Social a rencontré pour vous l’un des pionniers de cet art qui en parle de long en large, un homme ayant signé le pacte « slamique » et précisément connu sous le nom de Elkib Le Musulman. ADEDOKUN Kabirou Adio, de son vrai nom est un slameur togolais connu officiellement depuis 2006, un convaincu, un mordu de la chose dont les messages abordés dans les textes en disent long. Nous irons à sa découverte à travers cette interview.

 

Miva Social : Bonjour Elkib

Elkib : Bonjour

 

Miva Social : Beaucoup de personnes vous connaissent au Togo sous le nom de Elkib le Musulman, est-ce une manière de défendre la religion musulmane dont vous êtes issus? Que cache réellement ce nom auquel s’ajoute parfois Fils de Baobab ?

Elkib : Elkib le Musulman au fait ce n’est pas moi-même qui me suis surnommé comme ça. Ce sont les présentateurs de spectacles, d’évènements qui m’ont attribué le musulman pour signifier au public celui qui vient sur scène, c’était juste une identification. J’arrive souvent sur scène avec le mot d’ordre : « salam maleikoum » pour voir si le public est avec moi ou pas.

« Fils de Baobab », ce n’est pas une transformation de  « musulman » en « baobab » mais c’est plutôt Elkib fils du baobab. Elkib le Musulman juste pour signifier aux gens que je suis musulman et avec « Salam maleikoum » qui précède mes textes, sur scène, tout le monde aurait compris en même temps que c’est un musulman.

Mais au fait c’est Elkib, Fils du Baobab. Le baobab qui représente l’Afrique, symbole sur l’échiquier international c’est l’Afrique qui est représentée et c’est juste pour dire qu’Elkib est fils d’Afrique.

 

Miva Social : Après une décennie de parcours dans le slam au togo, comment se porte-t il aujourd’hui selon vous ?

Elkib : Une très belle question Vous savez en tant que togolais il y a des réalités auxquelles on ne se voilera pas la face. J’ai commencé en 2006. Vu les réalités, le slam au début n’a pas été consommé par la population togolaise. C’est un art qui a surpris le public qui ne savait pas ce que c’était. Pour eux c’était quoi en fait le slam ? Est-ce une récitation. Ils se posaient beaucoup de questions. Je me rappelle que chaque fois que je passe dans la rue on me demande : « Tu es artiste mais tu chantes quoi ? Chante-moi une de tes chansons » et c’était difficile de dire je chante comme tout le monde. C’est un peu différent mais après, tout s’est recoupé dans la musique. Aujourd’hui le slam se fait dans toutes les rues et on est content. On a connu des gens qui nous ont emboité le pas.

 

Miva Social : Comment a été réellement ce parcours ?

Elkib : Je me rappelle que c’était en 2008 que j’ai sorti mon premier clip et c’était le seul clip slam qui passait sur les médias. Mais je n’étais pas encouragé. Quand quelqu’un te voit, il dit félicitation, c’est bien ce que tu fais et c’était fini.

Pour les scènes, on n’en avait pas. Même pour la grille à la télé dès fois ça casse le rythme parce que j’étais arrivé à un moment où le Hip Hop prenais vraiment son envol donc je n’avais pas vraiment eu de chance. Mais les gens qui aimaient vraiment la chose s’y attachaient.

Le slam au Togo a été connu si on veut le dire en 2010 par plusieurs plateformes que nous avons essayé de mettre en place avec la Tribu Tabou.

A l’époque, La Tribu Tabou était juste un label, idée émise par Efy. Donc bien avant la crème de slam, il y avait le micro ouvert au CCF là où j’ai été appelé et j’ai connu Elom 20ce, Scandaloks, Papyrus, Cassledur et Apostrof et Balles de Rhymes qui sont des gens avec qui j’ai commencé des scènes ouvertes.

Mais aujourd’hui, on peut compter plein de slameurs dans la capitale. La première scène ouverte c’était en 2009 après l’arrivée de Néggus qui est un slameur togolais évoluant à Paris. Juste après il y avait la crème de slam qui était abrité d’abord par El Paso après Saint Jean et qui a fait vraiment assoir le mouvement du slam au Togo. Je profite pour faire un coucou à tous les slameurs de la capitale qui font de belles choses.

 

Miva social : Doit-on comprendre par là qu’un album slam peut se faire aujourd’hui ?

Elkib : Aujourd’hui un album slam s’avère important et Will Poète l’avait déjà sorti il y a longtemps. Entre temps moi je l’avais dit que ce n’était pas nécessaire de faire sortir un album slam en 2010. Mais voilà aujourd’hui on en conte et partout dans les rues on en parle.

 

Miva Social : Combien d’albums à votre actif ?

Elkib : Elkib n’a pas encore d’album sur le marché.

 

Miva Social : Perspectives de sortie pour le compte de cette année ?

Elkib : Oui je prépare un album pour cette année. C’est un album à deux volets D’abord beaucoup de personnes se poseront la question pourquoi Elkib est sorti en solo avec « Mes efforts » en 2015 ? Est-ce que la Tribu Tabou n’existe plus en tant que groupe ? le groupe est bel et bien en place Sauf que Lestate est dans les states aujourd’hui mais il est toujours de cœur avec nous. On a un groupe whatsapp où on essaye de communiquer tout le temps par rapport aux actualités. Donc la tribu Tabou promet un album pour cette année Incha allah, ça va aller on s’y donne Il y aura l’album de la tribu Tabou et l’album de d’Elkib, Fils du Baobab.

 

 

Miva Social : En tant que l’un des pionniers de cet art oratoire comment est-c e que vous vous sentez aujourd’hui ?

Elkib : Je suis heureux de faire partie de ce label et des précurseurs de cet art oratoire qui nest le slam. Voilà aujourdhui on peut dire qu’il ya le slam au Togo parce qu’il nya pas que la Tribu tabou comme groupe slameur au Togo, Il ya aussi d’autres groupes, Il ya pas que Elkib, il y’a pas que Efy, Feychal qui le fait aussi bien en mina, Kaporal Wisdom, Will Poète et bien d’autres.

 

Miva Social : Des collaborations à venir ?

Elkib : Sur le plan national comme international, des collaborations se feront. Pour le titre je ne me prononce pas encore trop mais comprenez que l’album aura au minimum dix (10) titres. J’ai déjà fait une collaboration avec Charles Ozzo, avec Kezita, peut être un morceau à refaire, si tout va bien une prochaine collaboration avec Kmal du Bénin et pour le reste une collaboration avec la tribu Tabou.

Mais principalement pour un premier album, le tout premier bébé bien conçu, moi je ne vois pas nécessaires trop de collaborations au fait. Parfois c’est comme ce sont ces collaborations qui font ce qu’est l’album. Donc pour un premier, prouver d’abord ce que l’on peut faire soi même et après sur un deuxième essayer de voir qui inviter et qui ne pas inviter.

 

Miva Social : Quelle est votre relation actuellement avec les slameurs de la capitale ?

Elkib : Je suis content que vous m’ayez tendu ce micro et que je m’exprime car il ya longtemps que je ne me suis pas exprimé par rapport à mon art. Ce n’est pas une question de course. L’inspiration c’est à respecter et je respecte tous ceux qui font du slam, que ce soit bon ou mauvais parce que moi je ne juge aucun texte mauvais ou aucun art mauvais. Ce qui ne me plait pas pourra plaire à quelqu’un d’autres. D’onc n’essayons pas d’empoisonner notre art. On n’est pas nombreux, essayons de nous soutenir pour que le mouvement puisse aller de l’avant. Aujourd’hui j’ai la chance de signer un contrat avec une maison de production française. Donc les choses se font molo molo, de façon officieuse parce que mon producteur n’est pas sur le terrain et c’est des complications. Mais quand même, ils ont confiance en moi ils ont vu ce que je fais, ça leur a plu et ils m’ont tendu la main et voilà j’ai signé un contrat de une année et on va voir ce que ça donnera par la suite.

 

Miva Social : Nous avions tout récemment appris que vous vous êtes mis la bagues au doigt. Est-ce vrai ?

Elkib : A oui (rire) il n ya plus rien à cacher ! Quand la bague y est, obligé, c’est une des identités remarquables. Tu passes un peu partout, tout le monde sait. Je me suis marié en janvier 2014 et aujourd’hui ça fait apparemment deux (2) ans. J’en suis heureux et j’ai un petit garçon qui vient de fêter un en janvier dernier. Donc j’espère aussi qu’il fera mieux que moi. On dit toujours que la jeunesse est la relève de demain, c’est la génération qui nous remplacera et je lui souhaite bon vent. Il s’appelle Al Halick, Halick coucou à toi et à ta maman.

 

Miva Social : En tant que père de famille et artiste comment arrivez vous à ajuster vos programme pour vous épanouir ?

Elkib : C’est encore une raison pour laquelle peut être vous verrez Elkib tellement absent des scènes parce que ce n’est pas aussi évident Il faut consacrer son temps à la famille, un petit temps aussi à la musique que tu aimes bien et si vous voulez a part ça je travaille aussi. Le gros lot du boulot c’est la maison.

 

Miva Social : Que faites vous d’autres donc a part la musique et les temps passés en famille ?

Elkib : Je travaille dans une société pétrolière en tant que inspecteur, Je suis responsable sur le site de l’activation du produit Effimax de Total à la STE. Et ce n’est pas évident d’associer le travail, la vie de couple surtout quand ta femme n’aime pas trop ce que tu fais. Elle te soutient mais elle a un peu peur parce que ce n’est pas aussi facile d’être une star avec toutes les nanas qui tournent autour.

 

Miva Social : Est-elle contre ce que vous faites ?

Elkib : Ce n’est pas qu’elle est contre mais c’est qu’elle a peur. Elle a peur des fois. Elle aime bien ce que je fais Parfois quand j’écris des textes, elle participe. Elle a un regard sur mes textes parce qu’il faudrait quand même qu’on se fasse respecter. La carrure ou le statut que nous avons aujourd’hui ne nous permet pas de dire des banalités. Donc il faudrait être au moins réglo.

 

Miva Social : Parlez-nous un peu de « Mes efforts »

Elkib : « Mes efforts », c’est un texte de 2011 (rire) qui est sorti en 2015, un morceau enrégistré en 2012. Comme ça le dit déjà le titre, ce sont des efforts consentis depuis que je suis devenu homme ou mieux bien avant homme. Tout ce que j’ai traversé dans ma vie, ce n’était pas aussi facile. On dit souvent en anglais que « Be a man is not easy », donc c’est bien sur tout ce que j’ai combattu comme effort, pour tout ce qui me connaissent un peu partout ça n’a pas été facile d’être là où je suis aujourd’hui. Je ne parle que de moi dans mes efforts. Tout ce que vous écoutez dans la chanson c’est moi. On reconnait l’artiste par ses œuvres. C’est du Elkib dans mes efforts. Du coup ça ne cache pas ce que l’on est. Même quand tu le voiles on le ressentira par ton œuvre.

 

Miva Social : Une idée générale de vos produits sur le marché

Elkib : Je suis a trois clips mais j’ai un sur le marché parce que je n’étais pas d’accord par rapport à la réalisation. C’était une chanson faite avec Charles Ozzo. Lui il a kiffé mais pas moi. C’est moi qui suis l’artiste et c’est moi qui sais ce que je veux. Encore une fois mes excuses à Charles Ozzo si j’ai retiré ce clip. C’est à refaire sui on a le temps, l’occasion. J’ai aussi trois titres qui passent sur les médias (radios et internet).

 

Miva Social : Quelles sont les scènes qui vous ont marquées jusqu’ici ?

Elkib : Je parlerai de trois scènes : La performance au CCF en 2010, la première partie du concert de la Source K au terrain homnisport de Lomé et la première partie du Mix show organisée par Toofan où j’ai assuré avec Efy, mon mec d’équipe, mon gars sûr. On a représenté valablement le slam au palais des congrès et depuis lors ils ont su quand même que le slam a sa place dans de grands évènements

J’ai été à l’ombre de tous les slameurs qui étaient passés sur Moov Summer. J’ai été également le responsable des slameurs qui devraient prester lors du Hip Slam au CCF et pour le Hot Jam, j’ai été quatre fois président de jury pour ce grand évènement Hip Hop du Togo.

 

Miva Social : Une pensée à l’endroit de vos fans ?

Elkib : Je dis merci, je ne cesserai de vous dire merci parce qu’un artiste sans public n’est pas un artiste. Une fois encore merci pour le soutien sans cesse renouvelé et pour les conseils de part et d’autres. Grâce à vous, je pense qu’on arrivera au sommet. Je dévoile en même temps le titre de mon album : « Les cimes de mes silences », donc on arrivera aux cimes de nos mérites incha allah. Merci Miva Social.