ELECTION PRESIDENTIELLE AU BENIN, LA PORTE DE SORTIE ……

Florent Couao-zotti

Donc, l’attelage Zinsou, Léhady, Houngbédji a fait fitchrrrrr. Vantée par le Premier Ministre comme une alliance porte-bonheur, capable de tout broyer sur son chemin, cette coalition a réussi à éviter à Zinli de disparaître au premier tour. Les électeurs PRD et de la RB ont montré à leurs leaders qu’ils ont pris une décision contre-nature, en décalage avec leur propre volonté de rupture. A Porto-Novo, bastion naguère imprenable d’un Houngbédji généralement souverain, les deux opérateurs économiques et les deux technocrates ont écrasé Zinsou de plus de soixante pour cent alors que, de Cotonou jusqu’à Abomey, la RB de Leady Soglo a été balayé corps et biens sans espoir de retrouver quelques lustres.

Adrien Houngbédji a passé le plus clair de son temps à montrer ses muscles sur son trône. Comment, en étant chez soi, peut-on démontrer qu’on est patron? Pourquoi, devant son entourage, faut-il bomber le torse et dire qu’on est maître? Du moment où cette évidence devient une stratégie, cela signifie qu’il y a perte de confiance et qu’on craint d’être dépossédé de ses terres. Houngbédji a beau distribuer de l’argent à ciel ouvert, organiser des parades dans les rues, tenir des propos insultants à l’endroit de ses partenaires d’hier, on sentait que les choses lui échappaient, qu’il aurait du mal à contrôler un électorat plutôt vif et impatient d’en découdre avec lui. Dans les réseaux sociaux pourtant, une autre littérature dans laquelle excellent les porto-noviens était en train de fleurir et aurait pu le mettre en garde: l’insulte métaphorique. On a entendu telle femme ironiser sur l’avenir politique du “Hagbè national”, traiter ses nouveaux partenaires et lui de ” bâtauds” – pluriel de “bâtard” selon la nouvelle grammaire; on a entendu une autre dire qu’elle avorterait de l’enfant de Houngbédji la veille de son accouchement si jamais elle avait été enceinte de lui. La contestation du leader des tchoco-tchoko n’avait jamais été aussi forte et spontanée. Mais l’intéressé, obnubilé par ses vieilles certitudes, tenait pour définitivement acquis à sa cause les électeurs de sa ville, même si la montée, de temps à autre du mécontentement populaire, lui permettait de risquer des parades dans les rues sans aucune chance d’impressionner qui que ce soit. Le roi était trop imbu de sa personne pour remarquer que l’édifice PRD était sérieusement lézardé. Mais c’était surtout l’odeur des billets de banque – fruit de la transaction avec Zinsou – qui l’avait sévèrement saoulé et lui avait ôté toute lucidité.

L’autre perdant de cette présidentielle, c’est Leady Soglo, Président de la Renaissance du Bénin. Ce personnage politique qui n’a jamais rien pu bâtir de ses propres mains, héritier peu méritant d’un parti déjà décérébré, a joué le jeu le plus idiot auquel un responsable de parti pouvait se prêter dans un contexte socio-politique où l’hostilité envers Yayi Boni était manifeste. Lui non plus, ne pouvait avoir le flair du leader éclairé, malgré le rappel à l’ordre pathétique de ses parents. Le peu d’estime qu’on avait pour lui s’est évanoui et avec lui, ses dernières illusions de reprendre la main. Avec ce choix, la RB se retrouve à l’agonie. Le deuxième tour servira à ses obsèques.

Enfin, que dire de Lionel Zinsou lui-même? J’ai de la peine à parler de lui parce que je me demande comment un homme aussi brillant, aussi compétent et travailleur, afro-optimiste indécrottable, s’est fait instrumentaliser par le dernier de la classe, fut-il président de la République. Pourquoi s’est-il enfermé dans un étau duquel il lui serait difficile de s’extraire? De le voir en compagnie des gens honnis sur qui pèsent des soupçons de vol, de prévarication, de détournements de deniers publics, de le voir entouré des caciques du régime sortant qui montrent autant d’enflure que de suffisance, ne pouvait pas plaider en sa faveur…Le “après nous, c’est nous”, slogan pourtant appelé à pourrir dans les oubliettes des idioties, s’est articulé dans les faits avec cette horde de prédateurs en cercles concentriques autour de lui. J’ai vu Bathlémy Kassa avec sa morgue habituelle prédire un K.O. comateux aux adversaires de son camp tandis que Komi Koutché, le jeune premier, utilisait la langue de bois pour nous dire qu’ils étaient déjà, oui, déjà installés dans la continuité. Quant à Éric Houndete, j’ai eu l’impression, qu’égaré dans un monde auquel il ne comprend rien, il s’est brûlé les ailes en allant offrir le spectacle émouvant d’un homme consumé. Triste destin pour un jeune à l’avenir certes pas explosif, mais raisonnable si le bon sens l’avait inspiré.

D’ores et déjà, la sortie pour tout ce monde est manifeste. Lionel Zinsou retournera en France s’occuper de ce qu’il sait mieux faire, Houngbedji s’agrippera à l’opposition qu’il a juré pourtant abandonner et Houndété s’en ira réoccuper la vice-présidence de l’Assemblée Nationale, la peur à l’anus, persuadé qu’après l’installation du nouveau pouvoir, il soit fort probable que son éjection se réalise. Et Yayi, le dernier des Mohican de cette triste épopée ? Sa sortie, déjà programmée, sera la dernière coquetterie qu’il nous offrira comme spectacle, lui qui aime d’habitude avoir le dernier mot. Merci Blueman comme le dirait Aladji Ahovi.