Monsieur KPODAR dévoile les biens fondés de la médecine traditionnelle

Les plantes, leurs racines et leurs feuilles constituaient de part le passé des moyens  incontournables par lesquels nos ancêtres se soignaient. Aujourd’hui plusieurs personnes préfèrent aller à la pharmacie moderne pour se procurer des produits prescrits sur ordonnance, ce qui laisse croire que la médecine traditionnelle perd sa réputation au détriment des recherches scientifiques apportées par la médecine moderne. La médecine traditionnelle a-t-elle toujours de l’avenir ?Il y a-t-il des recherches dans les Universités du Togo pour la faire pérenniser ? Il y a-t-il un lien entre ces deux médecines ? Plusieurs questions qui ont emmenés l’équipe BNN de Miva Social à approcher  un spécialiste du domaine pour vous. Appréhender toutes ces notions à leur juste valeur et vous permettre de poser des questions en ligne par rapport à vos inquiétudes non résolues, d’où cet homme de renom : KPODAR Ekué Madjé, Ingénieur Biologiste, Phytothérapeute et Hygiéniste.

 

BNN : Bonjour Monsieur KPODAR

KPODAR : Bonjour

BNN : D’entrée de jeu, nous désirons vous connaitre mieux

KPODAR : Je me nomme Monsieur KPODAR Ekue Madzé. Je suis phytothérapeute et universitaire à la fois. Je suis vacataireau Laboratoire de Microbiologie et de Contrôle de Qualité des Denrées Alimentaires.

BNN : Nous voudrions savoir ce qui distingue les tradithérapeutes des autres qui se servent toujours des plantes et ces dérivées  pour guérir ?KPODAR : Entre Phytothérapeute et herboriste il ya un lien de démarcage. L’herboriste vent seulement les plantes sans se soucier du résultat. Vous avez par exemple le paludisme, il vous donne la plante, la feuille ou la racine que vous achetez et c’est fini.

Le phytothérapeute prépare les phytomédicaments et suit en même temps le patient. C’est ce qui fait la différence entre les deux corporations.

BNN : Pouvez-vous partager un peu avec nous vos débuts dans ce métier ?KPODAR :Je suis né dans une famille composée de plusieurs infirmières. Après le BAC 2, j’ai enseigné pendant deux (2) ans dans un CEG en brousse, à Agou. C’est là où j’ai commencé par fraterniser avec les élèves et avoir des liens avec des parents pour connaitre le nom des plantes et ce que cela fait en termes de guérison.

Tout cela remonte déjà à plus de 30ans.Après je suis revenu à l’Université et j’avais voulu faire la médecine. Hors en ce temps le choix de base était très difficile. Il fallait être « fils à quelqu’un » d’abord. La sélection était tout simplement rigoureuse. Cela existe jusqu’à ce jour sauf que c’est mieux qu’avant.

Donc j’ai dû faire l’IUT de santé (Institut  Universitaire de Technologie) toujours à l’Université de Lomé. Nous avons étudié pendant trois (3) ans et après nous avons eu le diplôme de DUT, Technicien Supérieur de Laboratoire. J’ai travaillé pendant quelques mois à l’Institut d’Hygiène et comme je suis quelqu’un de curieux, et que j’aime beaucoup progresser, j’ai démissionné et je suis rentré dans les détergents, à la Société Togolaise des Détergents, ancien SODETO, devenu SOTODAS. J’ai passé seize (16) ans là-bas en temps que Chef de Production. Bref je suis aussi technicien en savon et en détergent. Aujourd’hui le marché est saturé avec des produits nigérians. Et si bien que c’est un bon métier, je préfère encore la médecine traditionnelle car c’est ce que j’aime après tout.

Après j’ai continué par faire des recherches. J’avais des amis qui ont des problèmes de santé que j’aidais à travers mes produits mais je ne savais pas encore que cela devrait un jour se transformer en métier.

C’est à la suite des troubles qu’on a fermé notre entité et les amis m’ont dit au lieu de tourner les pouces pourrais-je pas faire quelque chose allant en ce sens ? Et c’est à partir de là que j’ai commencé par faire le travail à fond.

Les gens ont commencé par venir de gauche à droite, les gens accouchaient finalement sans difficultés et cela m’a permis d’approfondir les recherches. Mais il y avait un autre problème ! Il fallait connaitre le nom scientifique des plantes qui interviennent dans la guérison. Alors qu’auparavant, il n’y avait que quelques personnes qui connaissaient ou maitrisaient la matière. Il y avait le professeur AYIH et tout son entourage.

Donc les noms scientifiques étaient « sujets tabous ». Je suivais des gens pendant des années mais ils ne voulaient pas ouvrir leurs portes aux autres pour transmettre ceux qu’ils ont : la connaissance était une « chasse gardée ».

Alors comme j’ai déjà fait l’Université et que j’aimais aussi la botanique, j’ai du écrire au recteur de l’Université de Lomé et au professeur ANANIqui m’a donné l’autorisation de suivre les cours en Botanique avec le Professeur BRUNEL, et quelques blancs qui nous ont accueillis et encadré.

Comme eux aussi ils s’intéressaient à nos plantes, ils ont crée une cellule qui est la « Botanique Médicinale ». C’est avec cela que nous avons évolué et étions formés sur le tas en achetant les plantes chez les herboristes.

BNN : Faites-vous quelque chose d’autre à part le métier de tradithérapeute ?KPODAR : Je suis étudiant, je suis doctorant. Entre temps parallèlement à la médecine traditionnelle, je suivais le cours d’Ingénieur à l’ESTBA, j’ai eu le diplôme d’Ingénieur de Travaux, ensuite j’ai continué et maintenant je suis en année de Thèse.

BNN : Peut-on dire aujourd’hui dire qu’il y a une rivalité entre la médecine moderne et la médecine traditionnelle ?

KPODAR :Par définition, la médecine traditionnelle et moderne ne sont pas opposées mais complémentaires. La médecine moderne est une médecine basée sur des preuves, une médecine structurée avec une certaine méthodologie et une approche classique.

La médecine traditionnelle aussi est un autre domaine complémentaire à la médecine moderne. Elle a aussi sa méthodologie, ses manières d’approcher les problèmes, sa manière d’aborder la maladie.

Le tradithérapeute aborde la maladie dans toute sa totalité c’est-à dire le corps l’âme et l’esprit alors que la médecine moderne s’occupe uniquement des organes sans savoir que l’intérieur de l’homme peut aussi projeter sur le physique et ça c’est important.Je vous rappelle qu’actuellement, les Américains sont en train de faire des études là-dessus.

Avant de voir un médecin, vous passez forcément par le psychologue, le pasteur ou le prêtre parce que certaines maladies sont psychiques.

BNN : La médecine traditionnelle peut-elle de nos jours  soigner tous les maux? Quels liens il y-a t’il entre vous, les Universités, les hôpitaux et les centres de guérison (Collaborations si possible) ?

KPODAR :Il y a beaucoup de maladies que la médecine traditionnelle ne peut pas soigner. L’exemple d’un cas qui exige une intervention chirurgicale, la médecine ne peut que veiller après à l’accompagnement du malade. Le cas du fibrome utérin, la médecine traditionnelle ne pu rien si bien qu’il y a certains médicaments.

Certains de nos collègues disent qu’ils ont des breuvages et cela sort. Comment se fait-il que quelque chose qui se trouve dans l’utérus puisse passer par le rectum ?C’est ce qui fait la différence entre le phytothérapeute moderne et le sens traditionnel du terme.

Moi j’ai les deux pieds et dans la médecine traditionnelle et à l’Université puisque je travaille à l’Université dans un laboratoire de microbiologie alimentaire au sein du CERFOPLAM (Centre de Recherche et de Formation sur les Plantes Médicinales), une unité de l’Université qui s’occupe des plantes, conduit par le Président GBEASSOR et  le Professeur de SOUZA.  Nous faisons souvent des tournées à l’intérieur du pays pour encadrer d’autres associations et leur enseigner les bonnes manières de préparation et de conservation de phytomédicaments. Je dirai en quelque sorte que je suis leur mentor mais je ne dis pas que je connais plus qu’eux (rire).

Je félicite d’abord l’église catholique qui prend en compte tous ces problèmes et détails. Mais il y a d’autres qui ne le font pas. C’est vrai qu’on peut se guérir par la prière aussi. Mais ce n’est pas tout le temps évident. Pourquoi est ce que Dieu a crée des plantes ? Il sait avant d’instaurer la prière et juste à côté il a fait aussi des plantes et même dans la bible il est recommandé de se faire soigner avec des plantes.

Donc c’est un paradoxe quand certaines personnes disent que le pasteur leur défend de prendre des produits médicinaux ou de ne pas aller chez les tradithérapeutes. Moi je trouve cela un peu aberrent.

Les plantes nous procurent de l’abri et nous soignent. Dieu dans son intelligence a tellement bien fait les choses. Là où je suis dans ma maison, je suis entouré par des plantes je ne peux pas me passer d’elles. L’homme est fait pour vivre au sein des plantes, une symbiose entre la plante et l’homme sur le plan alimentaire spirituel et sur le plan guérison.

BNN : Avant d’aller à la pharmacie pour se procurer des produits, plusieurs personnes passent par les lieux de soins de santé pour la consultation. Comment s’effectue la consultation avant prescription de produits particulièrement à votre niveau et généralement dans la médecine traditionnelle ?

KPODAR :La consultation se fait aussi simplement que possible, c’est-à-dire qu’il y a un dialogue entre le malade et le tradithérapeute. Puisque je suis démarqué des autres, premièrement je demande des analyses de selles, l’hémogramme et éventuellement le groupage pour savoir si le sujet n’est pas drépanocytaire.

La preuve est que l’anémie falciforme peut se cacher sous certains maux comme celui du drépanocytaire. Quant à la drépanocytose, elle ne se soigne pas, on améliore l’état de santé du malade.

BNN : Sur quels critères peut-on administrer une dose de produit à un patient ?

KPODAR :Administrer une dose de produit à un patient, c’est en fonction de l’âge et du poids corporel. Le sexe n’a rien à avoir avec si ce n’est pas la médecine purement traditionnelle qui fait plus de distinction entre la femme et l’homme. Et c’est plus mythologique.

BNN : Pour maîtriser la préparation des tisanes, il faut en tout combien d’années ?

KPODAR: Pour apprendre et maîtriser ce métier, il faut tout d’abord l’aimer. Aimer se promener dans la brousse, avoir une bonne intelligence pour pouvoir capter. Si vous aimer la plante, vous pouvez facilement aller vers elle.

Donc c’est un apprentissage de longue haleine et souvent comme il n y a pas une école spécialisée, il faut rester auprès de quelqu’un qui connait parfaitement. Et moi je recommande qu’il faille avoir au minimum le BEPC comme background car a part les noms scientifiques qu’il faut apprendre, il y a des recherches à faire sur le net. Donc si la personne n’a pas le minimum recommandé, il ne pourra pas aller loin. C’est-à-dire s’il faut préparer une tisane contre l’émacie falciforme, il faut ABC et lui il se fixe sur le ABC, il ne saura jamais qu’il peut faire d’autres recherches pour trouver XYZ ou faire des combinaisons.

BNN : Plusieurs sont ceux qui craignent aujourd’hui l’usage des  plantes médicinales pour des risques liée au foie, à la prostate et bien d’autres.

KPODAR: Tout ce qui entre dans le corps humain est toxique, que ce soit les médicaments modernes ou faits de plantes. Tout est question de dose certains de nos amis médecins disent que telle plante est toxique et pourquoi tel patient est parti chez le tradithérapeute ?

Le paracétamol à dose élevée par exemple est toxique pour le foie ainsi que d’autres produits pharmaceutiques.Lorsque vous allez sur le net, il y a pas mal de médicaments qu’on est en train de soustraire, des produits qui ont toujours des effets secondaires. Et ça les gens ne le savent pas et c’est la pharmacovigilance qui s’occupe de tout ça alors que dans nos pays, il n’y en a pas. Tout se vend à tort et à travers et les gens s’intoxiquent sans le savoir. Quand vous voyez le tradithérapeute avisé, il sait par expérience quels produits administrer à son patient ainsi que la dose recommandée et pendant tel nombre de jour. Et si vous avez un autre problème, vous pouvez retourner le voir rapidement tandis qu’un herboriste est un vendeur ambulant qui vend sans se soucier de tout le reste.

BNN : La médecine traditionnelle semble être en voix de disparition d’autant plus que la relève ne se sent pas tout à fait. Qu’en dites-vous ? (Les causes et si vous aviez déjà pris des résolutions pour faire pérenniser vos merveilleuses œuvres pour l’avenir)

KPODAR: Non, la médecine traditionnelle ne disparait pas, par contre elle est en train de renaitre. Peut être c’est ici au Togo que cela ne se fait pas trop sentir. Mais quand vous aller au Ghana tout comme au Bénin, elle est bien répandue, il y a un engouement. Et puis dans nos Universités maintenant, beaucoup de recherches se font sur les plantes médicinales.

Ces recherches sont malheureusement cachées dans les bibliothèques et ça ne sort pas.Il faut chercher l’information. C’est aux tradithérapeutes d’aller chercher les informations. Et les gens ne sont pas formés en ce sens : ils sont casés sur le peu qu’ils ont appris.

Au niveau de l’Université, les gens font ces recherches  tout juste pour obtenir leurs diplômes, ils ne sont nullement convaincus de la chose et c’est ce que moi je leur reproche. L’Université est capable de fabriquer des tisanes parce qu’elle connait leur potentiel thérapeutique. Certains tradithérapeutes intellectuels collaborent avec CERFOPLAM.

Si quelqu’un vient à moi et veut apprendre, il n’y a pas de problème.Il faut avoir au moins le BEPC et la volonté.

BNN : Aviez-vous déjà formés des gens ?

KPODAR: Oui, j’ai déjà formé 2 à 3 personnes. Malheureusement, lorsqu’ils arrivent à mis chemin ils pensent tout connaitre et claquent la porte au nez. Ils exercent toujours le métier. Puisque je ne les suis pas,je ne peux pas répondre que les soins qu’ils apportent pourraient agir négativement ou pas sur la vie de leurs patients.

BNN : Nombreux sont ceux qui disent que l’inceste et l’adultère se soignent avec des plantes. Etes-vous du même avis ?

  1. KPODAR: Soigner l’inceste et l’adultère, je ne suis pas de cet avis. Je vous ai dit que j’ai les deux pieds dedans. Parfois il y a des choses sur les lesquels je ne suis pas convaincus pour moi A+B= C.

BNN : Quels sont les cas de maladies les plus récurrents pour lesquels les gens viennent se faire soigner chez vous ?

KPODAR: Généralement les gens viennent pour les troubles de stérilités, des troubles psychosomatiques, par exemple l’épilepsie les trouble mentaux etc… Et tout cela le tradithérapeute le soigne très bien. L’approche qu’ils utilisent est différente de ce qu’on utilise dans les centres psychiatriques.

J’ai un mentor qui n’a jamais été à l’école mais j’apprends beaucoup de lui, au bout de 1 à 2 mois le malade est totalement rétabli.

En tant que scientifique, je suis souvent épaté de voire ses résultats, je me suis mis à son école.

BNN : Peut-on avoir une estimation du nombre de personnes qui passent dans vos mains par an et à peu près le nombre qui trouve guérison ?

KPODAR: Quand le malade ne revient plus cela suppose qu’il est guéri. Dans le cas typique de stérilité du couple, quand les gens conçoivent ils viennent faire le témoignage. Le pourcentage n’est pas aussi grand que çà. 2 à 4% car souvent vous ne savez pas ce que les personnes en l’occurrence les filles ont fait pendant leur jeunesse, les produits qu’elles ont pris, le nombre de curettages qu’elles ont fait avant de se marier. Mais pour celles qui savent qu’elles n’ont rien fait de tous cela, nous sommes souvent étonnés par les résultats.

BNN : Entre hommes et femmes qui sont les plus touchés par ce fléau ?

KPODAR : 60% des femmes sont stériles et 40% des hommes sont stériles. Et je félicite les femmes quand elles viennent pour se faire soigner, elles disent la vérité alors que pour les hommes on n’est souvent obligé de leur extorquer, arracher les informations et quand vous leur demander un spermogramme s’est difficilement qu’ils acceptent et ce sont les intellectuels qui se comportent comme tel.

BNN : N’ont-ils pas peur peut-être que leur sperme soit utilisé à d’autres fins ?

Avoir peur  du fait que leur sperme  soit utilisé à d’autres fins, ce n’est pas en réalité moi qui prends le sperme. Cet analyse se fait à l’hôpital et moi je prends les résultats et c’est en fonction de cela que moi j’administre le produit.

BNN : Peut-on être herboriste sans être un homme spirituel ?Qui parle de spirituel fait-il allusion forcément aux incantations ou certaines rituelles ?KPODAR: Le spirituel intervient bien évidemment à un moment donné parce que l’homme est avant tout un être spirituel. Il est pleinement spirituel avant d’être matière. On ne peut pas dissocier le spirituel du matériel.

Une fois que la personne est convaincue, il y a 50% de chance qu’elle trouve totalement guérison. Surtout l’africain est un homme religieux. Dans certaines sphères et en médecine traditionnelle, plusieurs personnes font des cérémonies et tout cela c’est juste pour mettre en confiance le patient.

Il y a de cela une semaine j’ai vu ce cas chez un charlatan. Une vielle femme était malade. Selon elle, elle a été envoutée par ses cousins pour un problème de terrain. Au lieu que le charlatan lui dise de prendre directement tel produit, il lui a recommandé d’aller dans la case des fétiches et de faire un sacrifice à hauteur de 40.000F. On lui tend enfin le produit qu’elle doit utiliser avec la promesse de l’intervention des esprits en sa faveur. La vieille  était ressortie ragaillardie. Bref c’est psychologique.

Juste pour attester que l’africain est religieux. Donc si on ne passe pas par tous ces canaux,  la personne n’est pas rassurée. D’ailleurs pour les incantations je n’en crois pas trop. Je sais qu’il y a le pouvoir du verbe sur la matière et comme je ne le fais pas, je ne peux pas l’affirmer. Toujours est-il que les gens le font.

Le monde est avant tout esprit et il y a des choses que la science ne peut pas quantifier mais qui sont réelles et que j’appelle « réalité réelle ». Il n’y a pas d’appareil pour les quantifier.

En tant que scientifique, je suis parfois ébloui de voir certaines réalités et c’est des choses que nous voyons tous les jours. Ce n’est pas parce que la science n’est pas arrivée à les quantifier  qu’on dira que cela n’existe pas.

BNN : Vivre parmi les plantes, quelle signification donnez-vous à cela ?KPODAR: Vivre parmi les plantes, pour moi c’est avant tout une question de goût et c’est aussi thérapeutique. Par exemple si quelqu’un vient chez moi et dit qu’il a tel problème, voilà il y a une petite pharmacie dans la nature, je peux lui donner un petit soin le temps qu’on voit ce qu’il faut faire après.

Quelqu’un qui a une blessure et il n y a pas d’alcool, il suffit que j’arrache une feuille, que je presse. Je mets le jus sur la plaie et en même temps la plaie se coagule. Disons en quelque sorte que c’est un début de traitement.

BNN : Les thérapeutes ont-ils une association qui les chapeaute ?

KPODAR: Les thérapeutes sont regroupés en associations. Au sein de ces associations, ils se voient et se communiquent des formules, en tout cas il y a des discussions au sein de ces associations. D’autres nous sollicitent pour leur donner des formations surtout sur le plan hygiénique et comment faut-il préparer les phytomédicaments, les conserver. Après formation, nous leur délivrons des attestations de participation et c’est une fierté pour les tradithérapeutes.

BNN : Monsieur est marié ?

KPODAR: Oui Monsieur KPODAR est marié, père de quatre (4) enfants et 7 petits enfants.  

BNN : Vous êtes un homme sollicité comment arrivez-vous à substituer vos programmes  à ceux de la famille ?

Il faut parfois sacrifier certaines choses. Surtout moi avec ma thèse je reviens à la maison parfois à 20h ou à 21h. Quand je travaille, j’aime être dans le calme, là où personne ne me dérangerait. Au début, il avait des tensions mais maintenant tout le monde a compris les principes.

BNN : Un dernier mot si vous en avez.

KPODAR: J’encourage les africains à aborder dans le même sens, car notre environnement est encore sain alors qu’en Europe il n’ya plus rien. L’usage des plantes pour se soigner n’est pas une question de pauvreté. Nous sommes nés dans les plantes et nous devons vivre dans les plantes pour notre alimentation et aussi pour nous soigner.

BNN : Nous vous remercions

KPODAR: C’est moi qui vous remercie.Les plantes, leurs racines et leurs feuilles constituaient de part le passé des moyens  incontournables par lesquels nos ancêtres se soignaient. Aujourd’huiplusieurs personnes préfèrent aller à la pharmacie moderne pour se procurer des produits prescrits sur ordonnance, ce qui laisse croire que la médecine traditionnelle perd sa réputation au détriment des recherches scientifiques apportées par la médecine moderne. La médecine traditionnelle a-t-elle toujours de l’avenir ?Il y a-t-il des recherches dans les Universités du Togo pour la faire pérenniser ? Il y a-t-il un lien entre ces deux médecines ? Plusieurs questions qui ont emmenés l’équipe BNN de Miva Social à approcher  un spécialiste du domaine pour vous. Appréhender toutes ces notions à leur juste valeur et vous permettre de poser des questions en ligne par rapport à vos inquiétudes non résolues, d’où cet homme de renom : KPODAR Ekué Madjé, Ingénieur Biologiste, Phytothérapeute et Hygiéniste.

  1.  BNN : Bonjour Monsieur KPODAR 
    1. KPODAR : Bonjour

    BNN : D’entrée de jeu, nous désirons vous connaitre mieux

    1. KPODAR : Je me nomme Monsieur KPODAR Ekue Madzé. Je suis phytothérapeute et universitaire à la fois. Je suis vacataireau Laboratoire de Microbiologie et de Contrôle de Qualité des Denrées Alimentaires.

    BNN : Nous voudrions savoir ce qui distingue les tradithérapeutes des autres qui se servent toujours des plantes et ces dérivées  pour guérir ?

    1. KPODAR :Entre Phytothérapeute et herboriste il ya un lien de démarcage. L’herboriste vent seulement les plantes sans se soucier du résultat. Vous avez par exemple le paludisme, il vous donne la plante, la feuille ou la racine que vous achetez et c’est fini.

    Le phytothérapeute prépare les phytomédicaments et suit en même temps le patient. C’est ce qui fait la différence entre les deux corporations.

    BNN : Pouvez-vous partager un peu avec nous vos débuts dans ce métier ?

    1. KPODAR :Je suis né dans une famille composée de plusieurs infirmières. Après le BAC 2, j’ai enseigné pendant deux (2) ans dans un CEG en brousse, à Agou. C’est là où j’ai commencé par fraterniser avec les élèves et avoir des liens avec des parents pour connaitre le nom des plantes et ce que cela fait en termes de guérison.

    Tout cela remonte déjà à plus de 30ans.Après je suis revenu à l’Université et j’avais voulu faire la médecine. Hors en ce temps le choix de base était très difficile. Il fallait être « fils à quelqu’un » d’abord. La sélection était tout simplement rigoureuse. Cela existe jusqu’à ce jour sauf que c’est mieux qu’avant.

    Donc j’ai dû faire l’IUT de santé (Institut  Universitaire de Technologie) toujours à l’Université de Lomé. Nous avons étudié pendant trois (3) ans et après nous avons eu le diplôme de DUT, Technicien Supérieur de Laboratoire. J’ai travaillé pendant quelques mois à l’Institut d’Hygiène et comme je suis quelqu’un de curieux, et que j’aime beaucoup progresser, j’ai démissionné et je suis rentré dans les détergents, à la Société Togolaise des Détergents, ancien SODETO, devenu SOTODAS. J’ai passé seize (16) ans là-bas en temps que Chef de Production. Bref je suis aussi technicien en savon et en détergent. Aujourd’hui le marché est saturé avec des produits nigérians. Et si bien que c’est un bon métier, je préfère encore la médecine traditionnelle car c’est ce que j’aime après tout.

    Après j’ai continué par faire des recherches. J’avais des amis qui ont des problèmes de santé que j’aidais à travers mes produits mais je ne savais pas encore que cela devrait un jour se transformer en métier.

    C’est à la suite des troubles qu’on a fermé notre entité et les amis m’ont dit au lieu de tourner les pouces pourrais-je pas faire quelque chose allant en ce sens ? Et c’est à partir de là que j’ai commencé par faire le travail à fond.

    Les gens ont commencé par venir de gauche à droite, les gens accouchaient finalement sans difficultés et cela m’a permis d’approfondir les recherches. Mais il y avait un autre problème ! Il fallait connaitre le nom scientifique des plantes qui interviennent dans la guérison. Alors qu’auparavant, il n’y avait que quelques personnes qui connaissaient ou maitrisaient la matière. Il y avait le professeur AYIH et tout son entourage.

    Donc les noms scientifiques étaient « sujets tabous ». Je suivais des gens pendant des années mais ils ne voulaient pas ouvrir leurs portes aux autres pour transmettre ceux qu’ils ont : la connaissance était une « chasse gardée ».

    Alors comme j’ai déjà fait l’Université et que j’aimais aussi la botanique, j’ai du écrire au recteur de l’Université de Lomé et au professeur ANANIqui m’a donné l’autorisation de suivre les cours en Botanique avec le Professeur BRUNEL, et quelques blancs qui nous ont accueillis et encadré.

    Comme eux aussi ils s’intéressaient à nos plantes, ils ont crée une cellule qui est la « Botanique Médicinale ». C’est avec cela que nous avons évolué et étions formés sur le tas en achetant les plantes chez les herboristes.

    BNN : Faites-vous quelque chose d’autre à part le métier de tradithérapeute ?

    KPODAR : Je suis étudiant, je suis doctorant. Entre temps parallèlement à la médecine traditionnelle, je suivais le cours d’Ingénieur à l’ESTBA, j’ai eu le diplôme d’Ingénieur de Travaux, ensuite j’ai continué et maintenant je suis en année de Thèse.

    BNN : Peut-on dire aujourd’hui dire qu’il y a une rivalité entre la médecine moderne et la médecine traditionnelle ?

    KPODAR :Par définition, la médecine traditionnelleet moderne ne sont pas opposées mais complémentaires. La médecine moderne est une médecine basée sur des preuves, une médecine structurée avec une certaine méthodologie et une approche classique.

    La médecine traditionnelle aussi est un autre domaine complémentaire à la médecine moderne. Elle a aussi sa méthodologie, ses manières d’approcher les problèmes, sa manière d’aborder la maladie.

    Le tradithérapeute aborde la maladie dans toute sa totalité c’est-à dire le corps l’âme et l’esprit alors que la médecine moderne s’occupe uniquement des organes sans savoir que l’intérieur de l’homme peut aussi projeter sur le physique et ça c’est important.Je vous rappelle qu’actuellement, les Américains sont en train de faire des études là-dessus.

    Avant de voir un médecin, vous passez forcément par le psychologue, le pasteur ou le prêtre parce que certaines maladies sont psychiques.

    BNN : La médecine traditionnelle peut-elle de nos jours  soigner tous les maux?Quels liens il y-a t’il entre vous, les Universités, les hôpitaux et les centres de guérison (Collaborations si possible) ?

    KPODAR :Il y a beaucoup de maladies que la médecine traditionnelle ne peut pas soigner. L’exemple d’un cas qui exige une intervention chirurgicale, la médecine ne peut que veiller après àl’accompagnement du malade. Le cas du fibrome utérin, la médecine traditionnelle ne pu rien si bien qu’il y a certains médicaments.

    Certains de nos collègues disent qu’ils ont des breuvages et cela sort. Comment se fait-il que quelque chose qui se trouve dans l’utérus puisse passer par le rectum ?C’est ce qui fait la différence entre le phytothérapeute moderne et le sens traditionnel du terme.

    Moi j’ai les deux pieds et dans la médecine traditionnelle et à l’Université puisque je travaille à l’Université dans un laboratoire de microbiologie alimentaire au sein du CERFOPLAM (Centre de Recherche et de Formation sur les Plantes Médicinales), une unité de l’Université qui s’occupe des plantes, conduit par le Président GBEASSOR et  le Professeur de SOUZA.  Nous faisons souvent des tournées à l’intérieur du pays pour encadrer d’autres associations et leur enseigner les bonnes manières de préparation et de conservation de phytomédicaments. Je dirai en quelque sorte que je suis leur mentor mais je ne dis pas que je connais plus qu’eux (rire).

    Je félicite d’abord l’église catholique qui prend en compte tous ces problèmes et détails. Mais il y a d’autres qui ne le font pas. C’est vrai qu’on peut se guérir par la prière aussi. Mais ce n’est pas tout le temps évident. Pourquoi est ce que Dieu a crée des plantes ? Il sait avant d’instaurer la prière et juste à côté il a fait aussi des plantes et même dans la bible il est recommandé de se faire soigner avec des plantes.

    Donc c’est un paradoxe quand certaines personnes disent que le pasteur leur défend de prendre des produits médicinaux ou de ne pas aller chez les tradithérapeutes. Moi je trouve cela un peu aberrent.

    Les plantes nous procurent de l’abri et nous soignent. Dieu dans son intelligence a tellement bien fait les choses. Là où je suis dans ma maison, je suis entouré par des plantes je ne peux pas me passer d’elles. L’homme est fait pour vivre au sein des plantes, une symbiose entre la plante et l’homme sur le plan alimentaire spirituel et sur le plan guérison.

    BNN : Avant d’aller à la pharmacie pour se procurer des produits, plusieurs personnes passent par les lieux de soins de santé pour la consultation. Comment s’effectue la consultation avant prescription de produits particulièrement à votre niveau et généralement dans la médecine traditionnelle ?

    KPODAR :La consultation se fait aussi simplement que possible, c’est-à-dire qu’il y a un dialogue entre le malade et le tradithérapeute. Puisque je suis démarqué des autres, premièrement je demande des analyses de selles, l’hémogramme et éventuellement le groupage pour savoir si le sujet n’est pas drépanocytaire.

    La preuve est que l’anémie falciforme peut se cacher sous certains maux comme celui du drépanocytaire. Quant à la drépanocytose, elle ne se soigne pas, on améliore l’état de santé du malade.

    BNN : Sur quels critères peut-on administrer une dose de produit à un patient ?

    KPODAR :Administrer une dose de produit à un patient, c’est en fonction de l’âge et du poids corporel. Le sexe n’a rien à avoir avec si ce n’est pas la médecine purement traditionnelle qui fait plus de distinction entre la femme et l’homme. Et c’est plus mythologique.

    BNN : Pour maîtriser la préparation des tisanes, il faut en tout combien d’années ?

    KPODAR: Pour apprendre et maîtriser ce métier, il faut tout d’abord l’aimer. Aimer se promener dans la brousse, avoir une bonne intelligence pour pouvoir capter. Si vous aimer la plante, vous pouvez facilement aller vers elle.

    Donc c’est un apprentissage de longue haleine et souvent comme il n y a pas une école spécialisée, il faut rester auprès de quelqu’un qui connait parfaitement. Et moi je recommande qu’il faille avoir au minimum le BEPC comme background car a part les noms scientifiques qu’il faut apprendre, il y a des recherches à faire sur le net. Donc si la personne n’a pas le minimum recommandé, il ne pourra pas aller loin. C’est-à-dire s’il faut préparer une tisane contre l’émacie falciforme, il faut ABC et lui il se fixe sur le ABC, il ne saura jamais qu’il peut faire d’autres recherches pour trouver XYZ ou faire des combinaisons.

    BNN : Plusieurs sont ceux qui craignent aujourd’hui l’usage des  plantes médicinales pour des risques liée au foie, à la prostate et bien d’autres.

    1. KPODAR: Tout ce qui entre dans le corps humain est toxique, que ce soit les médicaments modernes ou faits de plantes. Tout est question de dose certains de nos amis médecins disent que telle plante est toxique et pourquoi tel patient est parti chez le tradithérapeute ?

    Le paracétamol à dose élevée par exemple est toxique pour le foie ainsi que d’autres produits pharmaceutiques.Lorsque vous allez sur le net, il y a pas mal de médicaments qu’on est en train de soustraire, des produits qui ont toujours des effets secondaires. Et ça les gens ne le savent pas et c’est la pharmacovigilance qui s’occupe de tout ça alors que dans nos pays, il n’y en a pas. Tout se vend à tort et à travers et les gens s’intoxiquent sans le savoir. Quand vous voyez le tradithérapeute avisé, il sait par expérience quels produits administrer à son patient ainsi que la dose recommandée et pendant tel nombre de jour. Et si vous avez un autre problème, vous pouvez retourner le voir rapidement tandis qu’un herboriste est un vendeur ambulant qui vend sans se soucier de tout le reste.

    BNN : La médecine traditionnelle semble être en voix de disparition d’autant plus que la relève ne se sent pas tout à fait. Qu’en dites-vous ? (Les causes et si vous aviez déjà pris des résolutions pour faire pérenniser vos merveilleuses œuvres pour l’avenir)

    KPODAR: Non, la médecine traditionnelle ne disparait pas, par contre elle est en train de renaitre. Peut être c’est ici au Togo que cela ne se fait pas trop sentir. Mais quand vous aller au Ghana tout comme au Benin, elle est bien répandue, il y a un engouement. Et puis dans nos Universités maintenant, beaucoup de recherches se font sur les plantes médicinales.

    Ces recherches sont malheureusement cachées dans les bibliothèques et ça ne sort pas.Il faut chercher l’information. C’est aux tradithérapeutes d’aller chercher les informations. Et les gens ne sont pas formés en ce sens : ils sont casés sur le peu qu’ils ont appris.

    Au niveau de l’Université, les gens font ces recherches  tout juste pour obtenir leurs diplômes, ils ne sont nullement convaincus de la chose et c’est ce que moi je leur reproche. L’Université est capable de fabriquer des tisanes parce qu’elle connait leur potentiel thérapeutique. Certains tradithérapeutes intellectuels collaborent avec CERFOPLAM.

    Si quelqu’un vient à moi et veut apprendre, il n’y a pas de problème.Il faut avoir au moins le BEPC et la volonté.

    BNN : Aviez-vous déjà formés des gens ?

    KPODAR: Oui, j’ai déjà formé 2 à 3 personnes. Malheureusement, lorsqu’ils arrivent à mis chemin ils pensent tout connaitre et claquent la porte au nez. Ils exercent toujours le métier. Puisque je ne les suis pas,je ne peux pas répondre que les soins qu’ils apportent pourraient agir négativement ou pas sur la vie de leurs patients.

    BNN : Nombreux sont ceux qui disent que l’inceste et l’adultère se soignent avec des plantes. Etes-vous du même avis ?

    KPODAR: Soigner l’inceste et l’adultère, je ne suis pas de cet avis. Je vous ai dit que j’ai les deux pieds dedans. Parfois il y a des choses sur les lesquels je ne suis pas convaincus pour moi A+B= C.

    BNN : Quels sont les cas de maladies les plus récurrents pour lesquels les gens viennent se faire soigner chez vous ?

    KPODAR: Généralement les gens viennent pour les troubles de stérilités, des troubles psychosomatiques, par exemple l’épilepsie les trouble mentaux etc… Et tout cela le tradithérapeute le soigne très bien. L’approche qu’ils utilisent est différente de ce qu’on utilise dans les centres psychiatriques.

    J’ai un mentor qui n’a jamais été à l’école mais j’apprends beaucoup de lui, au bout de 1 à 2 mois le malade est totalement rétabli.

    En tant que scientifique, je suis souvent épaté de voire ses résultats, je me suis mis à son école.

    BNN : Peut-on avoir une estimation du nombre de personnes qui passent dans vos mains par an et à peu près le nombre qui trouve guérison ?KPODAR: Quand le malade ne revient plus cela suppose qu’il est guéri. Dans le cas typique de stérilité du couple, quand les gens conçoivent ils viennent faire le témoignage. Le pourcentage n’est pas aussi grand que çà. 2 à 4% car souvent vous ne savez pas ce que les personnes en l’occurrence les filles ont fait pendant leur jeunesse, les produits qu’elles ont pris, le nombre de curettages qu’elles ont fait avant de se marier. Mais pour celles qui savent qu’elles n’ont rien fait de tous cela, nous sommes souvent étonnés par les résultats.

    BNN : Entre hommes et femmes qui sont les plus touchés par ce fléau ?KPODAR: 60% des femmes sont stériles et 40% des hommes sont stériles. Et je félicite les femmes quand elles viennent pour se faire soigner, elles disent la vérité alors que pour les hommes on n’est souvent obligé de leur extorquer, arracher les informations et quand vous leur demander un spermogramme s’est difficilement qu’ils acceptent et ce sont les intellectuels qui se comportent commetel.

    BNN : N’ont-ils pas peur peut-être que leur sperme soit utilisé pour d’autres fins ?

    Avoir peur  du fait que leur sperme  soit utilisé pour d’autres fins, ce n’est pas en réalité moi qui prends le sperme. Cet analyse se fait à l’hôpital et moi je prends les résultats et c’est en fonction de cela que moi j’administre le produit.

    BNN : Peut-on être herboriste sans être un homme spirituel ?Qui parle de spirituel fait-il allusion forcément aux incantations ou certaines rituelles ?

    KPODAR: Le spirituel intervient bien évidemment à un moment donné parce que l’homme est avant tout un être spirituel. Il est pleinement spirituel avant d’être matière. On ne peut pas dissocier le spirituel du matériel.

    Une fois que la personne est convaincue, il ya 50% de chance qu’elle trouve totalement guérison. Surtout l’africain est un homme religieux. Dans certaines sphères et en médecine traditionnelle, plusieurs personnes font des cérémonies et tout cela c’est juste pour mettre en confiance le patient.

    Il y a de cela une semaine j’ai vu ce cas chez un charlatan. Une vielle femme était malade. Selon elle, elle a été envoutée par ses cousins pour un problème de terrain. Au lieu que le charlatan lui dise de prendre directement tel produit, il lui a recommandé d’aller dans la case des fétiches et de faire un sacrifice à hauteur de 40.000F. On lui tend enfin le produit qu’elle doit utiliser avec la promesse de l’intervention des esprits en sa faveur. La vieille  était ressortie ragaillardie. Bref c’est psychologique.

    Juste pour attester que l’africain est religieux. Donc si on ne passe pas par tous ces canaux,  la personne n’est pas rassurée. D’ailleurspour les incantations je n’en crois pas trop. Je sais qu’il ya le pouvoir du verbe sur la matière et comme je ne le fais pas, je ne peux pas l’affirmer. Toujours est-il que les gens le font.

    Le monde est avant tout esprit et il y a des choses que la science ne peut pas quantifier mais qui sont réelles et que j’appelle « réalité réelle ». Il n’y a pas d’appareil pour les quantifier.

    En tant que scientifique, je suis parfois ébloui de voir certaines réalités et c’est des choses que nous voyons tous les jours. Ce n’est pas parce que la science n’est pas arrivée à les quantifier  qu’on dira que cela n’existe pas.

    BNN : Vivre parmi les plantes, quelle signification donnez-vous à cela ?KPODAR: Vivre parmi les plantes, pour moi c’est avant tout une question de goût et c’est aussi thérapeutique. Par exemple si quelqu’un vient chez moi et dit qu’il a tel problème, voilà il y a une petite pharmacie dans la nature, je peux lui donner un petit soin le temps qu’on voit ce qu’il faut faire après.

    Quelqu’un qui a une blessure et il n y a pas d’alcool, il suffit que j’arrache une feuille, que je presse. Je mets le jus sur la plaie et en même temps la plaie se coagule. Disons en quelque sorte que c’est un début de traitement.

    BNN : Les thérapeutes ont-ils une association qui les chapeaute ?KPODAR: Les thérapeutes sont regroupés en associations. Au sein de ces associations, ils se voient et se communiquent des formules, en tout cas il y a des discussions au sein de ces associations. D’autres nous sollicitent pour leur donner des formations surtout sur le plan hygiénique et comment faut-il préparer les phytomédicaments, les conserver. Après formation, nous leur délivrons des attestations de participation et c’est une fierté pour les tradithérapeutes.

    BNN : Monsieur est marié ?

    1. KPODAR: Oui Monsieur KPODAR est marié, père de quatre (4) enfants et 7 petits enfants.

    BNN : Vous êtes un homme sollicité comment arrivez-vous à substituer vos programmes  à ceux de la famille ?

    Il faut parfois sacrifier certaines choses. Surtout moi avec ma thèse je reviens à la maison parfois à 20h ou à 21h. Quand je travaille, j’aime être dans le calme, là où personne ne me dérangerait. Au début, il avait des tensions mais maintenant tout le monde a compris les principes.

    BNN : Un dernier mot si vous en avez.

    KPODAR: J’encourage les africains à aborder dans le même sens, car notre environnement est encore sain alors qu’en Europe il n’y a plus rien. L’usage des plantes pour se soigner n’est pas une question de pauvreté. Nous sommes nés dans les plantes et nous devons vivre dans les plantes pour notre alimentation et aussi pour nous soigner.

    BNN : Nous vous remercions

    KPODAR: C’est moi qui vous remercie.